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L'intention du locuteur
Gardiner sur the speaker's purpose

18 décembre 2014

Nous parlerions aujourd'hui d'une nécessaire connivence entre les interlocuteurs pour qu'existe le langage. Il n'y a langage que s'il y a un auditeur, et que cet auditeur reconnaît chez le locuteur l'intention de communiquer. Là où Malinowski voyait le langage comme mode d'action, dans laquelle il y a interactions sociales, Gardiner préfigure l'analyse intentionnelle.

gardiner_speech_and _ language.pdf

Sir Alan Gardiner, The Theory of Speech and Language, Oxford, Clarendon Press, 1932.

(18) §7. The social origin of speech: the listener

(83) the thing-meant is always very complex, and the listener's powers of understanding must be equal to coping with all the various purposes embodied in the speaker's utterance.

Les grammairiens disent qu'une phrase est un énoncé qui fait sens. C'est ambigu. Gardiner estime que des bouts de phrase incomplets peuvent faire sens, mais qu'ils ne seront des phrases qu'à partir du moment où des additions donneront une indication sur les intentions du locuteur.

(96) It cannot be denied that the utterances ... one of James Hawkins's friends ... and Look at the ... mean (i.e. refer to) something in the context or situation in which they appear. But they fall short of being sentences because they do not succeed, without further additions, in supplying any intimation why the speaker should have uttered them. They fail to exhibit any communicative purpose on the speaker's part. They certainly have relevance to a thing-meant, /97/ but they cannot aspire to the title of sentences because they show no sign of relevance to the listener. It is this combination of adequate relevance both to some definite thing-meant and to some definite audience or listener which alone can entitle an utterance to the rank of 'sentence'. And of the two qualifications it is the relevance to the listener which is the more essential.

Point de départ de Récanati dans une analyse du sous-entendu.

(Récanati, premiers mots) «Selon Alan Gardiner (1932), tout énoncé signifie dans deux directions à la fois: d'une part, un énoncé représente un certain état de choses qui est son "contenu propositionnel"; et, d'autre part, il exprime l'intention qu'a le locuteur de communiquer, par cet énoncé, avec le destinataire. L'auditeur ne pourrait en effet comprendre ce dont on lui parle s'il ne comprenait pas qu'on lui parle; il ne pourrait reconnaître ce qui est communiqué s'il ne reconnaissait pas qu'une relation de communication est instaurée. Par ce double aspect posé comme constitutif de la communication discursive, l'analyse de Gardiner anticipe les analyses intentionnelles de Grice (1957, 1969). Selon Grice, l'intention qu'a le locuteur de communiquer quelque chose à l'auditeur se réalise (et se transforme en communication véritable) au moyen de la reconnaissance par l'auditeur de cette intention.»

Pour les quatre classes de phrases reconnues par les grammairiens, l'attention portée par l'auditeur à l'intention du locuteur est un élément essentiel pour compléter la phrase.

(97) Statements, exclamations, questions, and requests — these are the main types of sentence. In questions and requests the relevance to a listener is unmistakable, for an immediate responsive action is demanded. The listener's part is less obvious in statements and exclamations, but at least it is clear that the speaker is there drawing attention either to something objective or to a subjective emotion of his own. But to say that the speaker 'is drawing attention' to anything is to imply a purposive attitude towards a listener. An attentive and intelligent attitude on the part of the listener is the correlate to the speaker's purpose, and is the minimum requirement of speech. I come back, therefore, to my dictum that the sentence /98/ is the unit of speech. For a sentence to be uttered, the four factors of speech must be functioning harmoniously and adequately.

Les quatre facteurs: the speaker, the listener, the things referred to, and the linguistic material. D'où la définition de la phrase, dont on trouverait dans l'Inde des parallèles chez Bhartrhari:

(98) A sentence is a word or set of words revealing an intelligible purpose.

§§30-31. Ambiguïté du mot /dianoia/ en grec et du mot meaning en anglais qui peuvent vouloir dire selon le contexte «signification» ou «intention».

Conclusion du chapitre II sur les actes de parole:

(103) The thing meant in any act of speech was defined as that which the speaker intends to be understood from it by the listener. … Behind individual utterances loomed out a whole body of previous knowledge called Language, which thus contrasted markedly with Speech, an activity taking place in the present. Words were seen to be the principal units of language, though, beside these, syntactic rules and specific types of intonation have to be named as less tangible elements. Words, as such, are not units of speech, for they lack the vivifying breath and the will-power of a speaker requisite to call speech into being. The units of speech are known as sentences, and their peculiarity was shown to be a manifest purposiveness, corresponding to the possession of a purpose by the speaker. The purposiveness diagnosed in the sentence was analysed partly as concern with some· definite thing-meant, but principally as concern with the listener. Lastly, the word 'meaning' was found everywhere to involve the notion of human purpose.

Gardiner distingue l'intention générale de communiquer et l'intention spécifique de communiquer sur un certain mode:

(Gardiner, 185) But it is not enough for a listener to be aware that the speaker has entertained the /186/ general purpose of communication; as a rule he wishes to know further details with regard to that purpose, so as to shape his receptive attitude accordingly. And equally from the speaker's point of view it is desirable that his listener should know precisely what aim or intention he had in mind.

«II ne suffit pas au destinataire de reconnaître que le locuteur a l'intention générale de communiquer; il veut savoir plus en détail comment se spécifie cette intention, de façon à y conformer adéquatement son attitude réceptive. Et de même, au point de vue du locuteur, il est désirable que le destinataire connaisse précisément son but ou son intention.»

Ci-dessus Gardiner préfigurait Grice (analyses intentionnelles), et pour conclure Gardiner préfigure Austin (force illocutionnaire).

(Commentaire de Récanati, 96) «L'intention spécifique, et non plus générique, du locuteur, c'est ce qu'Austin appelle la force illocutionnaire de son énonciation: un énoncé a la force illocutionnaire X si le locuteur a l'intention, par cet énoncé, d'accomplir l'acte illocutionnaire X; ainsi, un énoncé a la force illocutionnaire d'un ordre si le locuteur, par cet énoncé, a l'intention de donner un ordre à l'auditeur, il a la force illocutionnaire d'une question si le locuteur a l'intention par cet énoncé de poser une question à l'auditeur, il a la force d'une affirmation si le locuteur a l'intention en l'énonçant d'affirmer quelque chose, etc.»