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Parler, acte social

2015

François Récanati dans Les énoncés performatifs, Paris, Seuil, 1981:

(19) «En énonçant sérieusement une phrase dans une situation de communication, un locuteur accomplit, selon Austin, un certain type d'acte social, défini par la relation qui s'établit, au moyen de l'énonciation, entre le locuteur et l'auditeur.»

Commentaire de Sandra Laugier, Actes de langage et états de choses: Austin et Reinach, Les études philosophiques, 2005/1 n°72, p.73–97.

«Il s'agit du début du livre, et d'emblée Austin est inscrit à l'intérieur d'une problématique que définissent les trois termes: 1/ situation de communication, 2/ acte social, 3/ relation établie au moyen de l'énonciation.»

Adolf Reinach [1883–1917], Die apriorischen Grundlagen des bürgerlichen Rechtes (1913) repr. in Gesammelte Schriften, Halle, Niemeyer, (1921), p.166.

«Nous voyons à présent très clairement combien la conception commune de la promesse comme expression d'une intention ou d'une volonté peut être trompeuse et intenable. L'expression d'une volonté a pour contenu un: Je veux. On peut l'adresser à un autre, dans ce cas elle est une communication, c'est-à-dire un acte social, mais pas une promesse. Et même le fait quelle s'adresse précisément à celui dont le comportement qu'elle présuppose bénéficie ne fait naturellement pas de cette expression une promesse. La promesse n'est ni une volonté ni l'expression d'une volonté, mais c'est un acte spontané indépendant qui, en s'adressant à autrui, s'extériorise. Cette forme d'extériorisation peut être appelée déclaration de la promesse (Versprechenserklärung).»

Commentaire de Sandra Laugier, ibidem.

«Reinach perçoit très lucidement, on peut le constater dans ce passage, que l'enjeu de l'acte de langage (ou acte social) n'est pas la seule extériorité, ou publicité, de l'énonciation: encore faut-il que cette extériorisation soit réellement un acte, c'est-à-dire qu'elle n'ait rien à voir avec la description ou l'expression d'un état interne. Il y a un pas à franchir de l'extériorisation à la performance. Franchir ce pas, c'est comprendre en quoi le langage est acte au même titre que d'autres actions.»