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Truchement

11 novembre 2011

Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française

Truchement n. m. est une forme refaite (déb. XVe s.), précédée par trucheman (fin XIVe s.), de drugement (fin XIIe s.), mot emprunté à l'arabe Targûmân «traducteur» au moment des croisades. […] Ce mot sorti d'usage a longtemps désigné un interprète travaillant dans les Pays du Levant.

Les formes désignent l'interprète dans un pays du Levant puis en général, sens archaïque depuis que l'on emploie interprète. • Par figure, truchement désigne une personne qui exprime la pensée d'une autre, un porte-parole, dans quelques constructions: être le truchement de, servir de truchement à (qqn). Depuis le XVIe s., le mot a pris le sens figuré d'«interprète (des sentiments)» en parlant des signes extérieurs (1557); cette valeur est usuelle aux XVIIe-XVIIIe s. puis devient archaïque. Enfin la valeur abstraite d'«entremise, intermédiaire» est réalisée (1893) dans quelques emplois, comme par le truchement de (qqn, qqch).

Littré

Trucheman ou Truchement

//1° Celui qui explique à des personnes qui parlent des langues différentes, ce qu'elles se disent l'une à l'autre. Où est le truchement, pour lui dire qui vous êtes, et lui faire entendre ce que vous dites ? vous verrez qu'il vous répondra; et il parle turc à merveille, MOL., Bourg. gent. V, 4. […]
//2° Fig. Une personne qui parle à la place d'une autre. Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire; Et je vous servirais de meilleur truchement, Si vous vous expliquiez un peu plus clairement, CORN. Sertor. IV, 1. […]
//3° Fig. Ce qui fait comprendre. […] Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements, MOL. Femm.. sav. I, 4.

OED

Dragoman Pl. –mans, -men.
(now drogman)
Arab. tarjumân (see TRUCHMAN)
An interpreter; strictly applied to a guide in countries where Arabic, Turkish, or Persian is spoken.

Institutions sociales du Truchement (au service des voyageurs européens dans les pays du Levant) et du Dub[h]ash (du Skrt. dva-bhāṣa, di-glossie) dans l'Inde impériale puis colonisée. Ce sont des institutions liées à l'avènement d'une «langue commune» au sens ci-dessus. Le truchement peut être beaucoup plus que l'interprète. Traduisant ordinairement la forme la plus modeste de la «langue commune», qui est une langue véhiculaire formée par métissage, il peut déployer ses talents jusqu'au sommet de l'échelle des langues, traduisant au bénéfice de son employeur une «langue de civilisation», une variété littéraire stabilisée de la langue locale.