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Iconicité naturelle ou concertée

Janvier 2015 avec Emilie Arrago et Christèle Barois

Junzo Kawada
La voix. Etude d'ethno-linguistique comparative
Paris, Editions de l'EHESS, 1998

Dans un livre déjà ancien (édition originale en japonais, 1988), Junzo Kawada distingue les onomatopées ou idéophones soniques (cf. le souffle doux du vent rib rib, la tempête hu hu, et la pluie rimzhim dans les chants assamais étudiés par Emilie Arrago) et les idéophones figuratifs (cf. le nom du coucou, ketekī, figurant les sanglots d'un cœur brisé dans un chant assamais, et surtout les noms d'action de type huṃkāra, cri animal, et sītkāra, chuintement, en sanskrit étudiés par Christèle Barois).

L'étude de la relation entre le son et le sens fondée sur des conventions (donc non motivée) a occulté depuis Saussure l'étude de l'expressivité (Kawada, 26). Kawada réhabilite l'étude de la fonction expressive du langage. Mais il ignore l'anthropologie linguistique américaine des années 70; il passe donc à côté de la problématique de la voix in performance ou des arts de la voix as performance, dans laquelle se déploie la fonction conative (la fonction d'appel) du langage. C'est au contraire en associant intimement la fonction expressive et la fonction conative que l'on peut définir l'iconicité.

Néanmoins, Kawada examine l'iconicité des sons phoniques (pp. 231ss.) et introduit une distinction entre l'iconicité naturelle au niveau des mots, et une iconicité concertée (artistique) au niveau des phrases, voire des textes.

«Alors que dans le premier cas l'iconicité à l'intérieur d'une langue naturelle fait déjà l'objet d'un accord propre à tous les locuteurs de cette langue [connivence entre participants à l'acte de parole], dans le second elle a été créée par un compositeur dans le but d'obtenir un effet précis. Quoi qu'il en soit, ces deux possibilités ont un point commun, à savoir la question que pose le lien émotif qui naît entre la sensation apportée par le son lui-même et le sens exprimé par les sons phoniques.»

Cette distinction fut reprise et formalisée par Michael Silverstein dans "Relative motivation in denotational and indexical sound symbolism of Wasco-Wishram Chinookan," in Sound Symbolism, Edited by John J. Ohala, Leanne Hinton and Johanna Nichols, New York, CUP, 1994, Chapter 4. Voir Iconism (Silverstein) sur ce site. Silverstein distingue une iconicité référentielle (denotational iconism) et une iconicité indexicale. Cette distinction restera sans suite (deux ou trois occurrences ultérieures). Retenir l'idée de degrés plus ou élevés de motivation des signes linguistiques, tant dans le lexique (iconicité naturelle) que dans les arts de parole (iconicité concertée).