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Indexicalité de premier ou second degré

22 avril 2012

Le premier principe de la sociolinguistique variationniste est d'associer des formes linguistiques particulières à des catégories spécifiques de locuteurs ou de contextes d'énonciation. Le sens des énoncés découle ainsi de la contiguïté entre la forme linguistique et la réalité extérieure: c'est l'indexicalité au premier degré. L'indexicalité au premier degré (first-order indexicality) est le travail sémiotique consistant à former ces associations entre le contenu des paroles et le contexte de l'interlocution. L'indexicalité au second degré (second-order indexicality) selon Silverstein donne à ces associations entre le contenu et le contexte des paroles échangées une tonalité morale et politique. Les locuteurs expliquent et justifient alors les associations qu'ils ont enregistrées au premier degré.

Kathryn A.Woolard, Why dat [vs. that] now?: Linguistic-anthropological contributions to the explanation of sociolinguistic icons and change, Journal of Sociolinguistics 12/4, 2008: 432–452.

Michael Silverstein prend l'exemple de la variation entre le tutoiement et le vouvoiement. Au premier degré d'indexicalité, le choix entre ces deux formes d'adresse du locuteur à son interlocuteur est dicté par le respect des distances sociales et des règles de déférence en vigueur dans le contexte d'interlocution. Au second degré d'indexicalité, le choix du tutoiement ou du vouvoiement, s'il va contre les règles, est dicté par la volonté délibérée d'établir une intimité ou inversement d'affirmer une distance honorifique. L'indexicalité est alors le matériau sociolinguistique d'une politique des émotions et des sentiments.

Michael Silverstein, Indexical order and the dialectics of sociolinguistic life, Language and Communication 23 (2003): 193–229.