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Bakhtine et l'existentialisme

Bakhtine part du constat qu'autrui est indispensable à l'achèvement de la conscience:

«Je ne peux me percevoir moi-même dans mon aspect extérieur, sentir qu'il m'englobe et m'exprime... En ce sens, on peut parler du besoin esthétique absolu que l'homme a d'autrui, de cette activité d'autrui qui consiste à voir, retenir, rassembler et unifier, et qui seule peut créer la personnalité extérieurement finie; si autrui ne la crée pas, cette personnalité n'existera pas.» Cité dans Todorov, Bakhtine (Paris, Seuil, 1981), p. 147.

«C'est en ce sens que l'homme a un besoin esthétique absolu de l'autre, de sa vision, de sa mémoire, qui le rassemble et l'unifie et qui, seule, est susceptible de lui procurer un achèvement extérieur. Notre individualité n'aurait pas d'existence si l'autre ne la créait.» L'auteur et le héros (1922-24), dans Esthétique de la création verbale [1979], Paris, Gallimard, 1984, p. 55.

Todorov souligne (p. 152) que «la famille intellectuelle la plus proche de Bakhtine n'est pas le marxisme mais plutôt l'existentialisme» et cite Sartre, L'Etre et le néant [1943], p. 267: «J'ai besoin d'autrui pour saisir à plein toutes les structures de mon être, le Pour-soi renvoie au Pour-autrui.»