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«Dire et chanter étoit autrefois la même chose»

«C'est un grand et beau problème à résoudre, de déterminer jusqu'à quel point on peut faire chanter la langue et parler la musique. C'est d'une bonne solution de ce problème que dépend toute la théorie de la musique dramatique.»

Jean-Jacques Rousseau, Fragments d'observation sur l'Alceste italien de Gluck, Œuvres complètes, Pléiade, V, p.445.

«Les premières histoires, les premières harangues, les premières loix, furent en vers; la poésie fut trouvée avant la prose; cela devoit être, puisque les passions parlèrent avant la raison. Il en fut de même de la musique: il n'y eut point d'abord d'autre musique que la mélodie, ni d'autre mélodie que le son varié de la parole; les accens formoient le chant, les quantités formoient la mesure, et l'on parloit autant par les sons et par le rhythme que par les articulations et les voix. Dire et chanter étoit autrefois la même chose dit Strabon; ce qui montre, ajoute-t-il, que la poésie est la source de l'éloquence. Il faloit dire que l'une et l'autre eurent la même source, et ne furent d'abord que la même chose. Sur la manière dont se lièrent les premières sociétés, étoit-il étonnant qu'on mît en vers les premières histoires, et qu'on chantât les premières loix? Etoit-il étonnant que les premières grammairiens soumissent leur art à la musique, et fussent à la fois professeurs de l'un et de l'autre?

Une langue qui n'a que des articulations et des voix n'a donc que la moitié de sa richesse; elle rend des idées, il est vrai; mais pour rendre des sentimens, des images, il lui faut encore un rhythme et des sons, c'est-à-dire, une mélodie; voilà ce qu'avoit la langue grecque, et ce qui manque à la nôtre.»

Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l'origine des langues, chap. XII