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De Bakhtine à Bauman
Les Genres dans les arts de parole

Mikhaïl Bakhtine (1895-1975), dont le Rabelais fut traduit et publié en anglais en 1965, réimprimé en 1984, inspire à Richard Bauman l'idée de genre du discours oral.

Bakhtine, L'Œuvre de François Rabelais
et la culture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance
,
Paris, Gallimard, 1970, pp. 183 et suiv.

«Nous allons à présent aborder l'étude de certains genres verbaux [oraux] de la place publique, avant tout des «cris». Nous avons dit que ces genres terre-à-terre s'infiltrent dans les belles lettres de l'époque et y jouent souvent un rôle stylistique important. Nous avons pu le constater dans l'analyse des prologues. Nous nous arrêterons pour commencer aux «cris de Paris» qui, s'ils sont le genre populaire le plus simple, n'en sont pas moins essentiels pour Rabelais.

Les «cris de Paris» sont la réclame que les marchands de la capitale clament à tue-tête, en lui donnant une forme rimée et rythmique; chaque «cri» particulier est un quatrain destiné à proposer une marchandise et à en vanter les qualités. Le premier recueil des «cris de Paris» composé par Guillaume de Villeneuve date du 13e siècle; quant au dernier, de Clément Jannequin, il est du 16e siècle (ce sont les «cris» de l'époque de Rabelais). […] Abraham Bosse [Tours 1602–Paris 1676] est l'auteur d'un tableau intitulé «Cris de Paris», qui campe les petits marchands des rues de la capitale.

Les cris de Paris sont un document très important de l'époque, non seulement pour l'histoire de la civilisation et de la langue, mais aussi pour celle de la littérature. Ils ne revêtaient pas en effet le caractère spécifique et limité de la publicité moderne, comme d'ailleurs la littérature, même dans ses genres les plus relevés, n'était pas fermée aux genres et formes du langage humain, si pratiques et «de bas étage» fussent-ils. A cette époque, la langue nationale devenait pour la première fois celle de la grande littérature, de la science et de l'idéologie. Jusqu'alors elle avait été celle du folklore, de la place publique, de la rue, du marché, des petits marchands, des «cris de Paris», dont le poids spécifique dans le trésor verbal vivant était, dans ces conditions, assez considérable.»

En continuité avec Verbal Art as Performance, Bauman élabore une doctrine sophistiquée des «genres oraux» dans 'The ethnography of genre in a Mexican market', in Penelope Eckert & John R. Rickford, Eds., Style and Sociolinguistic Variation, Cambridge, CUP, 2001, partic. p. 58:

GENRE represents a framework for discrimination among conventionalized message types on the basis of differential, mutually contrastive internal structures… Genres represent text categories at different levels of generality… We are faced, then, with an apparent tension: on the one hand, relatively clearcut and conventional types; on the other, categories that escape into the margins of classificatory ambiguity.

What I would like to offer (cf. Bauman & Briggs) is a perspective on genre that accommodates both possibilities within a unified frame of reference. This resolution requires a shift from the conception of genre as a framework for the classification of finished textual products with immanent formal properties to an understanding of genre as a framework for the comprehension of discursive practice.

We conceive of genre as one order of speech style, a constellation of systemically related, co-occurrent formal features and structures that contrasts with other such constellations (cf. Hymes, "Ways of speaking" [et le livre de 1984]) and provides a conventionalized orienting framework for the production and reception of discourse. More specifically, a genre is a speech style oriented to the production and reception of particular kinds of texts. A text, as we use the term, is a bounded, formally regimented [fixé, institué, codifié], internally cohesive stretch of discourse that may be lifted out from its immediate discursive environment and recontextualized in another. When an utterance is assimilated to a particular genre, the process by which it is produced and interpreted is mediated through its relationship with prior texts. The invocation of a generic framing device such as "Once upon a time" carries with it a set of expectations concerning the further unfolding of the discourse, indexing other texts initiated by this opening formula. These expectations constitute a textual model for creating cohesion and coherence, for producing and interpreting particular constellations of features and their formal and fonctional relations, that is, for generating textuality.

(76) I have approached the sales pitches [boniments] of market vendors as genres, orienting frameworks for the production and reception of texts, foregrounding modes of entextualization and intertextual relationships. In practice-centered terms, to speak of inter-textuality is to focus on the ways in which the vendors fashion their sales pitches, as texts, by reference to other texts. Note, however, that by identifying the calls and spiels [les laïus] as the discourse of market vendors, I have also invoked their ties to a recurrent situational context, namely, the market, and to a social category of speakers, namely vendors. That is to say that the texts I have examined, in addition to indexing other texts, also index contexts of use and categories of users.