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Patrice Pavis, Dictionnaire du théâtre (Paris, 2004), s.v. Scénographie

«Aujourd'hui, le mot [scénographie] s'impose de plus en plus à la place de décor, pour dépasser la notion d'ornementation et d'emballage qui s'attache encore souvent à la conception désuète du théâtre comme décoration. La scénographie marque bien son désir d'être une écriture dans l'espace tridimensionnel (auquel il faudrait même ajouter la dimension temporelle), et non plus un art pictural de la toile peinte, comme le théâtre s'est longtemps contenté d'être jusqu'au naturalisme.»

«On a cru longtemps que le décor devait matérialiser les coordonnées spatiales vraisemblables et idéales du texte, telles que l'auteur avait pu les envisager en écrivant sa pièce: la scénographie consistait à donner au spectateur les moyens de localiser et reconnaître un lieu neutre (palais, place) universel, adapté à toutes les situations et propre à situer abstraitement l'homme éternel, coupé de racines ethniques ou sociales.»

On construisait sur scène par abstraction un référentiel du texte dramatique, en éliminant l'indexicalité.

«Aujourd'hui, au contraire, la scénographie conçoit sa tâche non plus comme illustration idéale et univoque du texte dramatique, mais comme dispositif propre à éclairer (et non plus à illustrer) le texte et l'action humaine, à figurer une situation d'énonciation (et non plus un lieu fixe), et à situer le sens de la mise en scène dans l'échange entre un espace et un texte. La scénographie est ainsi le résultat d'une conception sémiologique de la mise en scène: mise en accord des différents matériaux scéniques, interdépendance de ces systèmes, en particulier de l'image et du texte; recherche de la situation d'énonciation non pas «idéale» ou «fidèle», mais la plus productive possible pour lire le texte dramatique et le relier à d'autres pratiques du théâtre. «Scénographier», c'est établir un jeu de correspondances et de proportions entre l'espace du texte et celui de la scène.»