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sūtra, bhāṣya, kārikā

Sūtra «aphorisme, texte doctrinal»

«Littéralement, «fil». De la racine verbale SĪV-, coudre, apparentée au latin suere et à l'anglais sew.

Ce terme de significations multiples a dans la langue du bouddhisme un sens bien précis: il désigne tout texte doctrinal faisant autorité, promulgué ou censé promulgué par le Buddha, et reconnu comme canonique.

Il sert aussi parfois, comme dans la littérature brahmanique, à désigner les strophes ou les aphorismes en prose qui constituent un traité (śāstra) destiné à être appris par cœur et commenté; mais dans le cas d'un traité versifié, de beaucoup le plus fréquent, on préfère à l'appellation de sūtra celle de kārikā, «vers didactique, strophe didactique».»

Jacques May, dans l'Encyclopédie Philosophique Universelle, PUF, 1990.

Louis Renou sur le genre Sûtra

Louis Renou, Sur le genre sûtra dans la littérature sanskrite, Journal Asiatique, 251, Année 1963: 165–216. Je cite la p.172; Choix d'études indiennes, II, p.576:

«§7.— Dans l'enseignement de la Politique, s'il n'existait pas de modèle védique, du moins y avait-il l'exemple du Dharmasâstra tout proche, lequel, comme on sait, englobait, au moins à partir de Manu, maintes données d'ordre politique. De là vient sans doute la présence latente, dans la prose continue du Kautilîya, d'un apport de .'s qui auront été recouverts d'un bhâsya [prose]. A vrai dire, il n'est pas possible de discerner quelle pouvait être la configuration primitive de cet ouvrage composite; il est facile, mais peut-être illusoire, de délimiter les portions qui consistent en .'s ou reposent sur d'anciens . Il conviendrait d'abord de séparer trois masses, économique, juridique, politique: la seconde (Livres 3 et 4) étant plus affine aux Dharmasû. du type ample (disons: à peu près sur le même plan que Baudhâyana), la première (Livres 1 et 2) s'en écartant assez sensiblement, avec un afflux de données énumératives, para-lexicologiques, descriptives, qui laisse peu de chances de retrouver une ancienne facture en . Mais la grande nouveauté réside dans les sections "politiques" (Livres 5 et suiv.), où interviennent le discours direct, l'énoncé à base d'alternative (comme chez Sabarasvâmin ou chez Sankara), l'argumentation polémique agencée en éléments corrélatifs: toutes habitudes qui laissent déceler un bhâsya récemment libéré des conditions du style mixte sûtra / vârttika, une sorte de transposition, si l'on veut, du Mahâbhâsya.

La situation postérieure est celle des disciplines littéraires en général: abandon du sû. au profit de la kârikâ [versets] ou de la prose libre.

Il en va un peu de même en Erotique: le traité de base, le ou les Kâmasûtra(s), est rédigé en aphorismes élargis, voisins de ceux de Kautilya, à ceci près que les parties dévolues à la polémique y occupent beaucoup moins de place.

En Médecine, les deux Samhitâ les plus anciennes, celle de Susruta et surtout celle (plus archaïque de forme) de Caraka, font alterner des kârikâ et une prose dérivée du sû., sans qu'on puisse discerner les motifs pour lesquels l'auteur est passé d'un registre à l'autre. La littérature ultérieure se résume à des kârikâ. En Chimie enfin, c'est sans doute par l'effet d'un archaïsme concerté que le Rasavaisesika de Nâgârjuna utilise la rédaction en sû., qu'abandonneront tous les successeurs.»