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Schèmes ordinaires (mundane schemes)

12 septembre 2012

Classification, as an object of recent anthropological scrutiny came to prominence during the 1960s, exemplified in the British (constructionist) tradition in the writings of Mary Douglas, and in the Americal ethnosemantics (cognitive) tradition by the likes of Harold Conklin and Brent Berlin. Both schools shared roots in cultural relativism, though an influential strand of the American lineage was subsequently to turn relativism on its head.

Roy Ellen, The Categorical Impulse. Essays in the Anthropology of Classifying Behaviour, New York & Oxford, Berghahn Books, 2006, p. 1.

Une distinction formulée par Durkheim et Mauss en 1903, au début de la section V du célèbre essai De quelques formes primitives de classification, entre les schèmes techniques (descriptifs) utilisés dans les «classifications technologiques» et les schèmes symboliques (rituels, explicatifs) utilisés dans les «classifications primitives», a en grande partie déterminé l'histoire contemporaine des recherches sur les classifications indigènes.

«De telles classifications sont donc, avant tout, destinées à relier les idées entre elles, à unifier la connaissance; à ce titre, on peut dire sans inexactitude qu'elles sont œuvre de science et constituent une première philosophie de la nature. Note en bas de page: Par là, elles se distinguent très nettement de ce qu'on pourrait appeler les classifications technologiques.»

L'étude des «classifications technologiques», ainsi nommées par Durkheim et Mauss mais négligées par les anthropologues européens pour des raisons en grande partie philosophiques, prit au contraire son essor aux Etats-Unis dans le sillage du Pragmatisme américain et en liaison avec la linguistique. Roy Ellen, qui différencie très clairement ces deux paradigmes de recherche — études européennes des classifications symboliques ou symbolic schemes, études américaines des classifications techniques ou mundane schemes — emploie en anglais l'adjectif mundane au sens de «banal, ordinaire, quelconque» pour traduire ce que Durkheim et Mauss désignaient par «technologiques». Ce qui m'intéresse, pour ma part, dans l'histoire contemporaine des recherches sur les classifications indigènes, c'est le développement du paradigme américain: l'anthropologie cognitive des schèmes ordinaires.

The systematic analysis of mundane schemes was first initiated during the 1950s, and in its formative phase is associated with ethnoscience methodologies (e.g. Sturtevant 1964). It is typified by a rigorous formal analysis of semantic domains. Early work emphasised the role of distinctive features in the allocation of things to categories and class inclusion as the means of ordering aggregates. More recent work has shown a preference for core-periphery models and cognitive prototypes. The kinds of classificatory schemes analysed in this way have been varied (colour, disease types, firewood, soil, and so on), though most work has focused on ethnobiological schemes. The model for work on this kind was established by Harold Conklin and later Brent Berlin.

Roy Ellen, The Categorical Impulse. Essays in the Anthropology of Classifying Behaviour, New York & Oxford, Berghahn Books, 2006, p. 35.

Cette façon d'écrire l'histoire de l'anthropologie et de lire Durkheim et Mauss montre indéniablement que l'anthropologie cognitive contemporaine s'est construite sinon contre du moins en dehors de la tradition européenne des études symboliques. Ce fut un retour ou une réhabilitation des classifications ordinaires (mundane schemes) que Durkheim et Mauss avaient exclues de leur champ de recherches.